Livres numériques : création et prêt

23.03.2016

Cette discussion vise à démystifier les livres numériques : comment ils sont fabriqués, comment ils circulent en bibliothèques, et quels en sont les bénéfices possibles pour les auteurs et éditeurs locaux. C’est un sujet important étant donné que pour la première fois en 2016, la commission du droit de prêt public, qui délivre des paiements de redevances aux auteurs canadiens ayant des livres en circulation dans les bibliothèques, commencera à suivre et payer des redevances sur les prêts de livres numériques.

Le co-fondateur d’Expozine et auteur Louis Rastelli a modéré la discussion, qui rassemblait : Hugh McGuire, fondateur de Pressbooks, une plateforme de création de livres numériques et guru de l’édition numérique versatile; Zile Ozols, bibliothécaire et gestionnaire exécutif de la Bibliothèque et Centre informatique Atwater, et Eric Craven, Chef du Projet d’alphabétisation numérique à la Bibliothèque Atwater.

LR: À quel moment est-ce que la Bibliothèque Atwater s’est-elle lancée dans le prêt numérique ?

ZO: Nous avons commencé en 2012 après avoir reçu une subvention pour le financer. Pour le lancer, nous avons offert un atelier gratuit pour que les gens viennent et apprennent comment utiliser leurs lecteurs numériques et emprunter des livres numériques de la bibliothèque. Beaucoup de personnes âgées y ont assisté. Nous offrons encore des séances sans rendez-vous pour des gens ayant besoin de l’aide pour mettre le tout en place.

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Le Projet d’alphabétisation numérique de la Bibliothèque et centre informatique Atwater

LR: Quel est le groupe d’âge moyen des gens qui se manifestent ? Sont-ils généralement plus vieux ?

ZO: Les gens qui demandent ce genre de dépannage ont tendance à être plus vieux, mais la clientèle de notre bibliothèque est aussi généralement plus âgée. Une grande partie de nos services est utilisée par les personnes âgées.
LR: Quel était le niveau de complexité pour développer le prêt numérique —choisir la plateforme, comprendre les contrats avec les éditeurs…
ZO: Les choix majeurs ont été faits par notre bibliothécaire en chef avant son congé de maternité actuel, mais en réalité il n’y a pas tant de choix disponibles. En Amérique du Nord, Overdrive est pas mal la plateforme la plus grande qui existe. Si je me souviens bien, ils ont autour de 15 000 clients. Ils ne desservent pas uniquement les bibliothèques, mais aussi les institutions pédagogiques et autres.

OverDrive, one of the biggest e-lending platforms in North America

OverDrive, l’une des plus grandes plateformes de prêt numérique en Amérique du Nord

LR: Overdrive est-elle bilingue ?

ZO: C’est surtout anglophone, mais ils ont aussi des livres dans d’autres langues. Ici nous nous procurons strictement nos livres numériques en anglais auprès d’Overdrive. Je sais que la BAnQ et les bibliothèques francophones utilisent PRÊT NUMÉRIQUE. Il existe quelques plateformes de livres numériques francophones. Si vous allez sur le site de la BAnQ, ils ont un assez grand nombre de bases de données dans lesquelles vous pouvez effectuer vos recherches. http://www.banq.qc.ca/ressources_en_ligne/livres-numeriques/index.html?language_id=1

LR: Il peut être difficile d’arriver à comprendre tout cela pour les petits éditeurs de notre communauté Expozine… Donc plusieurs d’entre eux sont déjà négligents à se procurer un ISBN, et plusieurs auteurs qui s’auto-éditent ne connaissent même pas l’existence du formulaire de droits pour le prêt public… Pour plusieurs d’entre eux, le prêt numérique peut sembler trop compliqué à mettre en place.

EC: Le problème avec quelque chose comme Overdrive et le monde numérique en général est que chaque fois qu’on ajoute un canal de distribution supplémentaire, on reçoit un autre petit chèque qui doit être divisé de 20 ou 50 façons, et puis on doit calculer les redevances. Pour les éditeurs utilisant Overdrive comme distributeur pour leurs livres numériques, une fois qu’ils se sont inscrits, ils recevront les chèques de redevance chaque trimestre de la part d’Overdrive. Puis ils doivent le diviser parmi leurs auteurs et décider si ça en vaut réellement la peine.

LR: Mais si on passe par un aggrégateur, alors je suppose que c’est divisé encore une fois de plus.

HM: Le problème est que le petit chèque, tu dois le diviser de 100 façons différentes parmi les détenteurs de droits et d’autres partis. J’ai parlé avec un éditeur qui m’a dit qu’ils ont dû embaucher une personne à temps plein pour deux semaines, exclusivement pour traiter les chèques de redevance. Ils se sont effondrés ensuite et ont dû tout recommencer, tous les mois.

LR: Le système est encore implanté comme ça l’avait été pour les livres physiques, lorsque les montants n’étaient pas aussi tranchés. Même pour les presses de plus grande taille, il semblerait que sous-traiter ces choses-là est assez commun. L’un de nos commanditaires à Expozine, qui imprime encore des livres physiques à des dizaines de milliers d’exemplaires chaque année, a commencé à sous-traiter la gestion des livres numériques il y a quelques années.

ZO: Bien qu’Overdrive est basé aux États-Unis, ils ont une assez bonne quantité d’éditeurs canadiens. Ils ont un portail canadien alors lorsque je suis là-dessus pour acheter des livres, ça liste de nouveaux livres canadiens comme ceux de Linda Leith, d’Anansi.

LR: Alors lorsque vous faites vos achats, pouvez-vous commander d’un coup aussi bien les versions imprimées que numériques d’un livre ?

ZO: C’est séparé : Je vais à un endroit pour acheter tous mes livres imprimés. Je fais tous mes achats de livres numériques dans Overdrive ; et je commande les DVD auprès de quelqu’un d’autre…

LR: Je suis un peu surpris qu’il n’y ait pas de chevauchement, c’est comme si les distributeurs de livres physiques ont laissé à d’autres le souci de se préoccuper des livres numériques, ou peut-être ont-ils décidé d’attendre l’émergence de standards.

HM: Au Canada, il y a une organisation appelée eBOUND Canada, ils sont affiliés au Independent Publishers Group, alors il s’agit de l’endroit vers lequel se tournent, je crois, la majorité des éditeurs indie au Canada pour faire leur distribution. Et puis tous les gros joueurs passent par, vous savez, Random House ou une compagnie de distribution, mais pour les autres, eBound reste un endroit assez central…

eBOUND Canada, a library distribution platform

eBOUND Canada, une plateforme de distribution en bibliothèques

LR: Comme une distribution de bibliothèque ?

HM: Bien, ils seraient certainement en train de vendre sur Overdrive comme une option pour les éditeurs qui souhaitent vendre aux bibliothèques, mais il faudrait que je vérifie cela parce qu’ils utilisent en fait la distribution numérique d’Ingram comme infrastructure, alors ils se représentent comme un visage canadien amical sur Ingram.

Catégories: Expozine
Expozine 2015 discussion sur l’édition numérique  
 Les enjeux du numérique pour les petits éditeurs @ Expozine 2015